samedi 14 mars 2009

Même l'amertume est en inflation.

Je n'aime plus m'asseoir aux terrasses des cafés. J'étais un fervent partisan de cette pratique. S'asseoir a une table de café et regarder les gens vivre, respirer, marcher, pour mieux apprécier notre société. La rue est un baromètre valable sur le moral des gens contrairement aux sondages. Les appeler pour les sonder c'est déjà fausser le résultat, un cocu à toujours du mal à l'admettre même pour le bien de sa patrie. La concentration, la mise en scène meme du sondage ne permettra jamais réellement de photographier le moral de la population. S'asseoir à une terrasse de café non plus ! mais elle a l'avantage de saisir les gens dans leur quotidien sans leur demander leur permission.

Photographier une société, c'est l'arreter à un certain moment pour en voir ses caractéristiques. Une photographie qui par essence est le non mouvement. Une image figée d'une société. Je ne renie pas l'intérêt statistique, politique et ou sociologique du sondage, je reste juste sur une autre ligne. Regarder les gens prendre le bus ou faire ses courses me procure plus de détails et de vérité sur leur moral que n'importe quel journal ou institut.

A la radio, un de ses sondages indiquait l'inquiétude grandissante des français face à cette crise (que personne ne comprend) pourtant leur moral était au beau fixe en ce qui concernait leur futur. Je ne pus m'empêcher de sourire à cette nouvelle. Demander à quelqu'un s'il pense que son futur sera bien dans une situation d'un précaire présent est de mon point de vue absurde. A moins d'interroger un panel de maniacodépressif et encore j'en doute, bien sur que nos aspirations vers l'inconnu se veulent meilleures que les actuelles. Une des choses qui permet de supporter quelconque souffrance est de savoir qu'elle va se terminer. C'est la même chose pour la crise et la vision du futur. Se projeter dans un futur plus serein n'aide pas a se sentir mieux !! Non cela n'aide pas ! c'est nécessaire !!

L'absurdité de l'information me parait maintenant sublime. J'essayais d'imaginer comment vivre avec pour seule vision de la vie non pas le "c'était mieux avant" que l'on peut entendre souvent dans la bouche des amateurs de musique rock ou de littérature française mais avec son opposé le concept de "ce sera pire plus tard". Cheminer la vie en se disant perpétuellement que le futur ne serait que dévastation, maladies incurables, crises financières et subsistance de la Star académie. Le malheur à chaque fois que la trotteuse se décale d'un cran. La névrose en sachet vendu par dix.
Un homme qui ne pourrait en aucun cas se reposer sur un infime espoir est voué à ne rien faire car tout ne serait qu'echec. Les êtres damnés ont bien des excuses à leur faienantise.

Merci les sondeurs de nous conforter, nous ne sommes pas encore damnés. Pourtant lorsque je m'asseois a une terrasse de café comme j'ai l'habitude de le faire depuis quelques années, je m'apercois que quelque chose a changé. Les gens ne sont pas encore damnés, je veux bien le croire avec ou sans sondage, malgré tout de plus en plus le désespoir les gagne.

Un désespoir qui défigure notre société plus violemment que les carrefours dans les villes de campagne. De ma table, mon café à 1euro 50 minimum devant moi, je sens, j'entends et vois que tout augmente. L'inflation touche tous les produits de la vie quotidienne même l'amertume.

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