vendredi 20 mars 2009

Le culte et l'icone version maxi best of

Cela se passe il y a quelques temps dans un petit restaurant arborant sur les murs la cinéphilie probable du patron ou d'un employé en manque de zèle. Je discutais avec un ami dans ce petit QG ou "et au milieu coulait une rivière" côtoyait "retour a cold mountain". Assis à notre table, mon ami poussait ma réflexion bancale sur l'occurrence "culte". J'avais avancé sans aucun argument que tel ou tel film était culte. Mon ami sourcilla et calmement ( comme à son habitude ) me demandait de définir le terme "culte". Je ne pus lui donner une définition pertinente me perdant dans un méandre de mots et d'hesitation qui trahissait l'imprécision de ma pensée.

Le reste de la conversation passant alors du cinéma a l'étymologie. Pour être plus exact le sens que l'on donne aux mots et aux choses de nos jours. Nous avons tous la plupart du temps esquiver les cours de Latin et ne pas déplorer l'absence de cours de grec au lycée, un peu comme la philosophie ce sont des matières mal représentées dans les parcours scolaires. Je ne parle pas des professeurs dans ce cas précis mais de l'idée que le lycéen s'en fait. C'est un grand tort. Maitriser le langage c'est déjà maitriser sa pensée. Nos grands mères prônaient souvent : une place pour chaque chose et chaque chose a sa place. Le même parallèle existe avec les mots et leurs significations.

De nos jours, le culte devient monnaie courante et les icônes fleurissent aussi vite que les brèves pendant un journal télévisé américain. Ingrid Betancourt est un exemple de ses icônes. Je ne renie en aucun cas le calvaire qu'a du faire face Madame Betancourt dans la jungle, ni les combats qu'elle a gagné pendant toutes ses années. Les idées priment sur tout, la liberté prime sur toutes les tortures et tous les tortionnaires, voila ce que doit retenir le public à la vue de Madame Betancourt. Soutenir la liberté ne veut pas dire en devenir la figure de proue de celle ci.

Le monde médiatique produit des icônes a la pelle. Des plus crédibles voire légitimes comme Madame Betancourt au plus invraisemblables voire morbides. La télé réalité s'est fait une spécialité de cette dernière pratique. La lucarne encore et toujours elle extrait de sa cuisse des représentations comme autant de soupirs. Dans cette boite, nous apercevons des gens plus ou moins célèbres propulsés sur le devant de la scène avec comme fardeau un idéal ou des idées souvent trop larges pour eux. La jeune anglaise mourant devant les cameras, est elle une icône ? et si oui que représente elle ? L'affrontement de la mort en direct est elle la représentation de notre société ou les lions sont fatigués et depuis longtemps repus de leurs anciennes victimes. Nous perdons le sens des mots et leurs poids. Une icône n'est pas une bénédiction ou un traitement de faveur mais une lourde responsabilité. Une responsabilité que l'on confie généralement aux morts et cela se comprend.

Sympathie en grec signifie souffrir avec. J'éprouve de la sympathie pour tous ces mots qui , au détour d'un chemin d'une mécanique trop rapide, se sont retrouvés coincés au Mac do emballés dans une boite et proposés en version Maxi Best of.



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